Projet : "Nouveau parc à thèmes en Île-de-France: le pari à un milliard d’euros du fonds souverain saoudien" ( Article hospitality-on.com)

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Source : hospitality-on.com

L'Élysée négocie avec Qiddiya, bras loisirs du fonds saoudien PIF, la renaissance de Mirapolis, premier grand parc d'attractions français à l'abandon depuis 35 ans près de Cergy. Sur un marché européen où Universal et Disney investissent par tranches de cinq milliards, le montant évoqué n'est qu'un ticket d'entrée.

L'information, révélée par Politico, s'appuie sur plusieurs sources diplomatiques, gouvernementales et industrielles : l'Élysée pilote depuis plusieurs mois des discussions avec Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien PIF, pour faire renaître le site de Mirapolis, à Courdimanche, dans le Val-d'Oise. Le projet à l'étude serait un parc inspiré de l'univers Dragon Ball, déclinaison réduite de celui que Qiddiya construit près de Riyad. Le montant n'est pas arrêté, mais plusieurs acteurs des échanges évoquent une opération susceptible de dépasser le milliard d'euros. Rien n'est confirmé officiellement à ce stade. L'histoire, elle, a déjà eu lieu une première fois : inauguré en 1987 par Jacques Chirac, alors Premier ministre, Mirapolis avait été financé par le milliardaire saoudien Ghaith Pharaon, avant de fermer ses portes en 1991, après seulement quatre saisons.

Une fièvre européenne des parcs

Un projet qui vient allonger la liste des nouveaux parcs de loisirs prévus sur le Vieux Continent. L'Europe vit sa plus grande vague d'investissements dans les parcs depuis les années 1990, et les États se disputent désormais ces équipements. Le Royaume-Uni n'est pas en reste : pour arracher le premier parc Universal d'Europe, à Bedford, Londres met 1,3 milliard de livres d'argent public sur la table, environ 1,5 milliard d'euros, dédiés aux infrastructures et aux transports. Comcast, maison mère d'Universal, investit de son côté plus de 5 milliards de livres dans le complexe, dont l'ouverture est prévue en 2031, et le nom a été dévoilé en juin dernier lors d'une cérémonie à Downing Street, en présence de la chancelière Rachel Reeves.

L'hexagone tente de suivre la cadence. Disneyland Paris a ré-ouvert le 29 mars son deuxième parc entièrement transformé, Disney Adventure World, aboutissement d'un plan de 2 milliards d'euros lancé en 2018. Côté acteurs français, le Parc Astérix de la Compagnie des Alpes, porté par un record de fréquentation à 2,95 millions de visiteurs en 2025, engage 250 millions d'euros d'ici 2030 pour viser le top 5 européen. Et les capitaux du Golfe accélèrent : le fonds émirati Mubadala est en passe de racheter Pierre & Vacances-Center Parcs, valorisé un peu moins d'un milliard d'euros.

Une machine d'État déjà en mouvement

C'est dans cette compétition que s'inscrit le dossier de Courdimanche, et l'appareil d'État français s'y est mis en ordre de bataille. Selon Politico, une réunion pilotée fin juillet par Georges-François Leclerc, préfet de la région Île-de-France et ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, a rassemblé une dizaine de cabinets ministériels, dont ceux de l'Économie, de la Transition écologique, du Commerce et de l'Énergie, ainsi que RTE et Île-de-France Mobilités. Au menu : gouvernance, transports, besoins énergétiques et maîtrise foncière. "On comprend que l'Élysée veut mettre la gomme sur le sujet", témoigne un conseiller ministériel cité par nos confrères.

La présence d'Île-de-France Mobilités dans la boucle dit l'ambition territoriale. Le site de Mirapolis se trouve à moins d'un kilomètre de Cergy-le-Haut, terminus ouest du RER A. C'est au terminus est de la même ligne, à Marne-la-Vallée, que Disney a bâti la première destination touristique d'Europe. Un parc majeur dans le Val-d'Oise rebattrait aussi les cartes pour la Compagnie des Alpes, dont le Parc Astérix, moteur de croissance du groupe, se trouve à une trentaine de kilomètres.

Un remake saoudien sur les ruines de 1991

Les contacts entre Paris et Qiddiya ne datent pas d'hier. Lors du sommet Choose France du 19 mai 2025, un protocole d'accord a été signé pour "explorer un projet majeur lié au tourisme et au divertissement en France", selon le dossier de presse de l'Élysée. Le même jour, le PIF inaugurait à Paris son premier bureau d'Europe continentale. Abdullah Aldawood, patron de Qiddiya, a rencontré Emmanuel Macron lors des deux dernières éditions du sommet, ainsi que la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse et les équipes de Business France.

Le produit envisagé interroge davantage. Qiddiya a annoncé en mars 2024, avec le studio japonais Toei Animation, la construction près de Riyad du seul parc à thème Dragon Ball au monde, 500 000 m² dominés par un dragon Shenron de 70 mètres. Une déclinaison française contredirait cette promesse d'exclusivité. Mais le choix du terrain ne doit rien au hasard : la France est historiquement le premier marché du manga hors Japon, et la seule licence Dragon Ball y a écoulé quelque 26 millions de tomes

Trente hectares déjà occupés

Avant de construire, il faudra disposer du terrain, et c'est le premier obstacle. L'ancien site de Mirapolis, environ 30 hectares classés en zone de loisirs au plan local d'urbanisme de Courdimanche, est occupé depuis 2017 par une communauté de gens du voyage, environ 400 personnes. Un projet de reconversion en éco-village touristique, porté par un promoteur privé, s'y est déjà cassé les dents : saisie en 2024, l'autorité environnementale d'Île-de-France a rendu un avis pointant l'absence d'étude d'impact, et le préfet du Val-d'Oise s'y est opposé. Le précédent EuropaCity, méga-complexe de loisirs abandonné par l'État en 2019 à vingt kilomètres de là, dans le même département, rappelle qu'en Île-de-France, l'artificialisation de nouvelles emprises ne passe plus sans bataille.

La clé : dormir sur place

Mirapolis, parc conçu pour l'excursion à la journée, ne comptait aucune chambre d'hôtel, l'un des facteurs identifiés de son échec. Or la règle du secteur s'est inversée depuis : le succès d'un parc se joue sur l'allongement de la durée de séjour et la transformation en destination. Disneyland Paris a bâti 5 700 chambres à Marne-la-Vallée en trois décennies, pour 13 milliards d'euros investis depuis 1992. Le Parc Astérix, dont les hôtels affichent 92 % d'occupation, passera de 450 à 750 chambres début 2027. Universal a intégré la leçon dès la conception : son parc anglais ouvrira en 2031 avec un hôtel de 500 chambres livré le premier jour. À Cergy-Pontoise, le parc hôtelier existant, économique et calibré pour la clientèle d'affaires et universitaire, ne ressemble en rien à celui d'une destination de loisirs.

Le Golfe déjà dans la place

À quelques centaines de mètres de Disneyland Paris, Villages Nature, le complexe de Pierre & Vacances-Center Parcs, illustre l'idéal des investisseurs du golfe : un actif que les fonds souverains s'arrachent, Mubadala en tête. C'est cette valeur-là que Riyad viendrait chercher à Courdimanche.

https://hospitality-on.com/fr/hotellerie/nouveau-parc-themes-en-ile-de-france-le-pari-un-milliard-deuros-du-fonds-souverain

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